Liza et SALT: une histoire de miroir

L’automne est là! L’occasion pour Belcompetence – Constellation Belgium de rentrer dans sa chrysalide, faire le point sur ses plus belles couleurs, et renaître avec de nouvelles ailes? Ce blog et les suivants sont une invitation à reconnecter avec le coeur de Belcompetence, ce qui nous rassemble, nous unit, et au service duquel nous oeuvrons. Notamment en partageant des histoires inspirantes de ce que l’approche SALT et le groupe de Belcompetence ont pu apporter au fil du temps, et en quoi  l’approche reste pertinente aujourd’hui dans les défis que nous traversons. Ce mois-ci, c’est Liza Dignac (1) qui a accepté l’invitation!

Rencontrer Liza, c’est prendre le pouls d’une histoire de transformation qui débute en elle, éclabousse sur sa famille et impacte sa vision du monde et sa façon d’être actrice de celui-ci. Bonne lecture!

«… à partir du moment où les lunettes embuées trouvent un peu de lumière, tu vois les choses différemment (…) choisir de ne plus être là pour juger les situations, mais plutôt créer l’opportunité pour stimuler autre chose »

Tu te rappelles de la première fois où tu as entendu parler de SALT? Qu’est-ce qui t’a touché?

On rencontre toujours une personne avant de rencontrer un concept. Pour moi cette personne c’était Nathalie, que j’ai connue à travers le boulot. Nath m’avait dit: “je vais te présenter Jean-Louis qui va te faire découvrir tes forces”, ça m’avait fait marrer (rires) ! Et ça n’a pas loupé…

La semaine d’après, j’étais partie à Paris avec Jean-Louis, il y a avait grève et on a marché dans les rues de Paris pendant des heures… Je n’arrêtais pas de râler (rires!), lui il écoutait, bienveillant. Je me suis rendue compte, miracle, que j’étais vraiment dans un “tout-faux”, qu’il fallait complètement changer d’approche. Ca faisait écho à la formation SALT à Kraainem le weekend précédent. Tout se vérifiait dans la vie de tous les jours: je pouvais choisir de ne plus être là pour juger les situations ou faire de ma situation quelque chose d’encore plus négatif, mais plutôt créer l’opportunité pour stimuler autre chose.

Je l’ai vraiment vécu comme le début d’un nouveau parcours. Évidemment, parfois le quotidien rattrape un petit peu, mais à partir du moment où les lunettes embuées trouvent un peu de lumière, tu vois les choses différemment. 

Il y a-t-il quelques moments charnière de ta vie depuis auquel tu repenses aujourd’hui en te disant que l’approche a joué sa part dans ta façon de les vivre?

« Les rencontres de ta vie font que tu réagiras plus jamais pareil. Et cette rencontre (avec Saliha) c’est clairement grâce à Belcompetence. »

Grâce à Jean-Louis on est allés rencontrer les femmes de l’associations S.A.V.E. Belgium quelques semaines avant les attentats. Toutes ces mamans étaient là, elles nous ont invité à boire le thé en cercle, et on a vécu un partage d’expériences tout simple ensemble. Elles ont évoqué leur fils/frère/compagnon parti,… Elles se serrent les coudes, essayent de comprendre pourquoi. Le fils de Saliha, lui, n’était pas encore mort et chaque jour de nouvelles informations arrivaient mais avec une incertitude totale. Elle était décomposée, je me demandais comment elle pouvait tenir. 

Et puis il y a eu le jour des attentats, on était à Zavetem avec toute la famille et on a vécu tout ça de très près. En sortant de l’aéroport, Saliha est la première personne à qui j’ai pensé. J’ai revu son visage quand elle me parlait de son fils, je me suis imaginée une seconde que c’était peut-être lui qui s’était fait exploser… je me suis demandée comment moi je me sentirais à sa place, dans quelque chose comme ça qui touchait des milliers d’innocents. C’est pour ça aussi que je l’ai appelée.

« Je me suis toujours projetée chez elle, en me disant c’est tellement proche de ce que je connais. Je me suis toujours vue en miroir. »

Les enfants de Liza 🙂

Comme moi, elle a trois fils et une fille. Elle me raconte que dans les trois garçons il y avait le « bandit », l’enfant de choeur taiseux mais très jusqu’au-bout-iste. Chez moi les profils c’est exactement ça aussi. Je me suis toujours projetée chez elle, en me disant que c’est tellement proche de ce que je connais. Je me suis toujours vue en miroir.

Notre histoire a commencé comme ça. On a commencé à se comprendre et à s’appeler, se raconter ce qu’on vivait. On a été interviewées à deux par la presse. Ce qui nous lie c’est une connivence aussi sur des sujets plus légers.

« Depuis que le projet a débuté… je ne vois que des choses extraordinaires! Tous ces gens qui se battent pour créer des liens, vivre-ensemble, essayer que ça fonctionne. Il y a tellement de choses à faire! »

On s’est revues il y a quelques mois, et elle me parlait d’un projet européen. J’étais sur un projet aussi, alors finalement on s’est retrouvées sur un projet commun. C’est un super beau projet en partenariat avec ARTE, l’idée étant d’inviter des personnes de Molenbeek de tous âges à s’exprimer face caméra avec un objet qui leur est cher et leur permet de raconter leur parcours de migration, leur parcours de vie. Le projet avait débuté à Saint-Denis, autour d’une classe d’élèves. Il a tellement bien fonctionné que finalement les frères et soeurs, les cousins, les parents, puis près de 300 personnes de Saint-Denis ont été directement touchés (des familles aux petits commerçants locaux etc.). Depuis que le projet a débuté et qu’on est dans la prise de contact avec les différentes structures ou réseaux qui se mobilisent à Molenbeek je ne vois que des choses extraordinaires! Tous ces gens qui se battent pour créer des liens, vivre-ensemble, essayer que ça fonctionne. Il y a tellement de choses à faire!

Puis donc l’association de Saliha venait justement de déménager à Molenbeek, du coup on accompagne ce projet main dans la main. ça fait sens qu’on travaille ensemble aujourd’hui.

Les rencontres de ta vie font que tu réagiras plus jamais pareil. Et cette rencontre c’est clairement grâce à Belcompetence.

Il y a des moments où je me rends vraiment compte du chemin parcouru en moi depuis mes origines. Ma famille est du sud-ouest de la France, et leur façon de voir le monde et percevoir ses dangers est tellement différente de ce que je vis aujourd’hui. Juste après les attentats il y a un article qui est sorti en pas mal d’exemplaires sur notre histoire à toutes les deux, Saliha et moi. C’était incompréhensible pour ma famille, que je passe du temps avec elle. Aujourd’hui quand j’entends certains de leurs propos je me sens tellement loin, mais c’est les miens, ça reste mes proches, et c’est bon de les voir. J’ai fait des choix qui ne sont pas les mêmes que les leurs, je suis capable de leur expliquer mes choix, de les voir et les comprendre dans leurs peurs et angoisses de vie, même si cette angoisse n’est pas la mienne, je comprends qu’eux aussi ont des parcours de vie parfois compliqués. 

Un impact de SALT sur ton travail ou ta façon de le percevoir/l’exercer?

« ça permet de mettre du sens dans les actions »

Dans les phases de réflexion, toutes les actions, la pratique systématique de la « revue après l’action » m’a toujours beaucoup accompagnée pour apprendre. 

Et puis il y a aussi le point de départ du rêve et le fait de se projeter dans 10 ans, 30 ans. Je me rends compte que c’est dans ça que je m’inscris aujourd’hui, même dans mon travail avec les institutions européennes justement, dans cette optique de voir à long-terme et oeuvrer à ça. Partir d’un rêve, d’un souhait, d’un projet, c’est tellement plus porteur. A l’Europe actuellement les programmes se réécrivent, on est sur 2021-2027, c’est donc une réflexion qui va au-delà du covid. Je m’accroche à l’institutionnel/service public européen parce que je sens une vraie volonté de sortir de l’immédiateté pratico-pratique (qui appartient aux états) pour réfléchir à plus long-terme, que reconstruire et comment? Je vois mon rôle là-dedans, dans cette envie de reconstruire le paysage à long-terme, j’ai beaucoup d’espoir.

L’outil d’évaluation aussi est hyper intéressant, j’y pense encore quotidiennement. Hier au boulot on avait une réunion sur la cybersécurité, et on listait les bonnes pratiques. Mais j’ai amené l’outil de l’auto-évaluation pour permettre à tout un chacun de se positionner par rapport à ces bonnes pratiques et noter son évolution. Et tout le monde était unanime: ça permet de mettre du sens dans les actions.

J’aimerais faire une visite SALT au bureau, puis voir comment avec l’approche on peut travailler encore mieux ensemble. Il y a là des personnalités hyper intéressantes, et ce n’est pas pour rien qu’on travaille ensemble. L’année prochaine peut-être 🙂 ?

(1) QUI EST LIZA DIGNAC?

Franco-allemande et italienne (oui oui, tout ça!) et Maman de 4 enfants, aujourd’hui Liza vit à Bruxelles avec Julien son mari (un belge! 😉 ) , et travaille en soutien aux institutions européennes depuis de nombreuses années, comme consultante ou salariée selon les missions et périodes de la vie. Juriste de formation, elle est également très active dans les relations publiques et affectionne particulièrement le domaine audiovisuel.

Propos recueillis par  Célicia Theys

Amoureuse de la la vie et des vivants, facilitatrice, art-thérapeute et coach en pleine présence . Maman de (bientôt!) deux enfants et membre active de Belcompetence – Constellation Belgium, je suis heureuse de pouvoir consacrer plus de temps dans les prochains mois à accompagner l’association dans le tournant qui est le sien, le nôtre! Pour plus d’infos sur qui je suis et mes pratiques: http://www.celiciatheys.com/

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